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Histoire : Derborence
"Le 23 septembre 1714
entre trois et quatre heures de l'après-midi, par un temps
serein, la partie occidentale des Diablerets s'effondra sur l'alpe
de Derborence écrasant 50 chalets, tuant une quinzaine
de personnes et quelques 140 vaches".
C'est par ces mots qu'un ecclésiastique de Conthey rapporte
en latin l'essentiel du grand éboulement des Diablerets.
Un deuxième éboulement aura lieu en 1749; bien que
moins violent, il fut tout aussi meurtrier.
Si les habitants de la région virent dans ce désastre
les conséquences de la défaite essuyée par
les "diables" des glaciers valaisans dans la gigantesque
bataille livrée à leurs ennemis bernois, les spécialistes
parlent d'un écroulement d'une falaise de rochers très
fissurée à l'origine et travaillée par la
présence du glacier qui la surmonte. Eboulement typiquement
sec, ce qui correspond bien au récit de l'époque.
Ce n'est qu'en 1786 que le doyen Bridel relatera l'histoire du
berger enseveli, qui deviendra la base du roman de C.-F. Ramuz
(Derborence, publié en 1934).
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| Certes sans le
drame de la chute des Diablerets, Derborence n'aurait
jamais acquis sa popularité, mais il suffit de
se rendre dans ce magnifique site pour tomber sous le
charme de son lac naturel et de ses forêts sauvages. |
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L'ouverture de la route et
le percement des tunnels (début des travaux en 1951) changea
définitivement l'aspect de la vallée de la Lizerne
et favorisa la découverte de ce site sauvage. La richesse
de sa flore et de sa faune en ont fait un endroit privilégié
pour le promeneur comme pour le spécialiste.
En 1959, la Bourgeoisie de
Conthey accepte de céder à la Ligue Suisse Pour
la Protection de la Nature une surface de 50 ha (dont 32 ha 8
de forêt) afin d'y créer une réserve naturelle
qui, avec les 100 ha de l'alpe de Vérouet deviendra la
"Réserve Fédérale du Haut-de-Cry".
La forêt vierge de Derborence
qui abrite le sous-bois le plus riche en espèces végétales
de Suisse, est probablement unique dans les Alpes, car elle se
régénère par elle-même.
Sur les troncs en décomposition
des arbres tombés s'installent et se développent
de jeunes plants vigoureux. Ailleurs, sur les pentes les plus
rocheuses, sur les crêtes naissent des steppes sèches
formées d'espèces typiques de la flore du Valais
central comme l'Armoise du Valais, l'Uvette ou le Téléphium....
D'autre part, le climat humide
des Préalpes a permis le développement de la seule
hêtraie du Valais central.
L'influence du lac (le plus
jeune lac naturel d'Europe) sur la végétation se
réduit à la présence d'un fin liseré
de plantes des marais, avec parmi elles,une grande rareté
connue des seuls botanistes : le Cerfeuil musqué.
Se trouve également
à Derborence le Lys orangé, très rare aujourd'hui,
qui a donné son nom à certains lieux-dits de la
vallée (Tsamperon).
Derborence a attiré
de nombreux savants, dont Thomas Blaikie, un jardinier écossais
qui fut certainement le premier à venir récolter
en 1775, des plantes alpines pour le jardin botanique de Londres.
En descendant de la vallée,
de Bex à Sion par le Pas-de-Cheville, il nota la présence
du Vautour des Alpes et du Gypaète barbu.
| L'aigle royal y niche fréquemment
et de nombreuses autres espèces d'animaux vivent
dans cette réserve ou viennent s'y réfugier
pour défier les chasseurs en automne |
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Sources
"Messager Boiteux", article de Louis Vadot,
"Conthey, Mon Pays", articles de J.-C. Praz, R. Fellay
et B. Wyder
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